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La femme de ménage de l’asile d’aliénés où est interné le Dr. Sautier a découvert, dans une corbeille à papiers, le brouillon d’une conférence que le regretté savant a écrit récemment. Légataire de son œuvre, je me permets de vous livrer cette dernière production d’un brillant esprit qui, malheureusement, atteint le tréfonds de la folie.

Comment s’enrichir lors d’une promenade ?

Comme vous le savez, les groupes de marche possèdent une majorité de membres qui se retrouvent chaque semaine sur les chemins, avec joie, pour échanger les dernières nouvelles, reprendre la discussion laissée à regret au terme de la randonnée de la semaine précédente, changer le monde à l’aide de sentences étayées d’une expérience longue de plusieurs dizaines d’années. Loin de moi de m’insurger contre l’aspect social du Groupe de Marche.

Même si on peut discourir ou se retrouver dans des endroits moins romantiques tels qu’une taverne, ou plus sordides (une pièce où trône un ordinateur sans âme), il vaut encore mieux quitter la sinistre et mortifère grande ville pour se libérer de toute la tension accumulée pendant la semaine, et ce entre amis.

Pourtant…

Avez-vous déjà remarqué qu’il suffit de longer un champ, de pénétrer dans une forêt pour que votre oreille soit charmée par le doux gazouil-lement d’un petit oiseau ? ou le cri perçant d’un oiseau de proie ?

Que se passe-t-il en vous lorsque vous descendez ou remontez une rivière qui serpente dans son lit caillouteux, ou qui, par miracle, dessine un paysage inattendu au milieu duquel vous voudriez vous reposer quelques minutes avant de reprendre le chemin ?


Et les productions de Mère Nature, toutes simples, qui pourraient vous émerveiller si votre regard quitte le sentier : un groupe de champignons qui a surgi après une période pluvieuse succédant à quelques jours ensoleil-lés, des fleurs s’épanouissant à chaque saison, les arbres qui fleurissent au avril et rougeoient en novembre, les prairies qui se transforment en manteaux de fourrures si l’hiver est rigoureux.

Et ce qui pousse à l’introspection : le bruit du vent qui vient chatouiller vos oreilles.
Ce même vent qui rafraîchit votre visage, qui peigne vos cheveux soyeux, qui muscle vos cuisses lorsqu’il souffle avec vigueur tout en rosissant vos joues duveteuses.

Et quand vous arrivez au sommet d’une colline, comment ne pas jouir de la récompense d’un effort soutenu en méditant devant une riante vallée ?

Comment ne pas être revigoré face à une succession d’autres collines qui vous appellent comme des sirènes ?

Les enfants sont-ils les seuls à interpréter les formes les plus étonnantes des nuages ?
Avez-vous déjà suivi avec attention la formation d’un orage ? distingué l’averse oblique arrosant la région  de celle que vous traversez ?

Le manuscrit s’arrête ici. Le Dr. Sautier a dû souffrir d’une nouvelle crise confusément lyrique.

Quelle tristesse de voir s’étioler un tel génie…


François

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