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Welkenraedt est une commune située entre Verviers et Aix-la-Chapelle, à côté d’Eupen mais contrairement à cette dernière, elle ne fait pas partie de la région germanophone.

Depuis la fusion des communes (1975), Welkenraedt englobe Henri-Chapelle où se trouve un grand cimetière militaire américain; chaque année, il y a là des cérémonies patriotiques et des visites de vétérans américains et de familles qui y ont un parent enterré.

Comme beaucoup de villages de la région, Welkenraedt a eu une histoire assez chaotique; je vais essayer de vous en brosser les grands traits avant de vous emmener voir sur place.

Sous l’Ancien Régime, le territoire boisé de Welkenraedt faisait partie du duché de Limbourg et du ban de Baelen.

Dans les années 1790, survient la conquête par les armées de le nouvelle République Française ; de nombreuses et successives modifications administratives s’en suivront sous le Directoire, le Consulat puis l’Empire; il en résulte que Welkenraedt devient en 1800 une commune du canton de Limbourg dans le département de l’Ourthe. Elle comprend aussi les villages de Herbesthal et Lançaumont

En 1815, après la défaite de Napoléon à Waterloo le Traité des Limites (Congrès de Vienne) redessine les frontières : Herbesthal passe à la Prusse et l’actuelle rue Mitoyenne devient la frontière entre la Belgique et l’Allemagne pour le plus grand bonheur des fraudeurs. « Elle n’offre nullement l’aspect d’une limite territoriale naturelle, les 2 localités formant pratiquement une seule agglomération. Elle témoigne de l’absurdité des décisions prises en 1816 et qui seront lourdes de conséquences pendant la guerre 1914-1918 pour les habitants. Les uns revêtiront l’uniforme allemand, les autres l’uniforme de l’armée belge et ils seront face à face dans le conflit » (Hubert Keldenich).

La commune connaîtra un grand dévelop-pement économique au XIXième siècle suite notamment à la construction du chemin de fer et la langue française y deviendra progressivement prépondérante face à l’allemand qui était la langue de l’Eglise, et au patois qui était celle du peuple. Ce patois, (néerlandais ou bas allemand? Objet de controverses sans fin entre les linguistes) a d’ailleurs failli valoir à la commune de connaître le même sort que les Fourons, au moment des lois Gilson au début des années 60. Une opposition massive de la population et le fait qu’il ne s’est pas trouvé de majorité parlementaire pour ce faire a permis à la commune d’y échapper; le tenace ministre Gilson a fait une deuxième tentative, qui consistait à imposer un régime d’exception un peu semblable à celui des communes à facilités mais cette formule n’a pas d’avantage été retenue.

Mais en voilà assez sur ce sujet;
je reprends le cours de mon récit.

Et nous voici à la « Grande Guerre ». Intéressant de rappeler que la région n’a plus connu la guerre depuis un siècle (si l’on excepte la révolution de 1830). L’invasion ne fait guère de dégâts à Welkenraedt car il n’y avait pas de troupes belges et la commune échappe aux massacres qui eurent lieu dans certaines localités voisines. Welkenraedt est occupé mais non annexé, ce qui signifie que l’administration communale reste en place, sous contrôle allemand naturellement. Très vite va se poser un problème crucial : celui du ravitaillement de la population ; la Belgique est isolée de la Hollande (neutre) par une clôture électrique infranchissable et le blocus allié dirigé contre l’Allemagne empêche le ravitaillement par mer; les réquisitions de l’armée allemande aggravent encore la situation ; la commune va constituer des stocks de vivres et créer des bons de ravitaillement ; Ernest Solvay instaure le Comité National de Secours et d’Alimentation; Emile Franqui entre en contact avec un américain au grand cœur Herbert Hoover (futur président des USA) qui crée la « Commission for Relief in Belgium », qui va contribuer grandement à éviter la famine (du moins jusqu’à l’entrée en guerre des Etats Unis).

Les allemands appliquent des mesures de déportation massive des travailleurs; des welkenraedois franchissent la frontière hollandaise au péril de leur vie pour rejoindre l’armée belge via l’Angleterre et le Havre.

Si vous ajoutez à cela le fait que les familles n’ont aucune nouvelle de leurs proches qui sont au front, vous comprendrez l’angoisse d la population et l’explosion de joie qui saluera la victoire.

Je passe sur l’entre-deux-guerres; au fur et à mesure que le temps passe, on sent venir la guerre et la commune prépare des plans d’évacuation qui ne seront jamais appliqués; puis survient la mobilisation et enfin…

En 1940, le 10mai, le déclenchement de la guerre provoque un exode massif et désordonné  de la population, notamment vers la région verviétoise : le souvenir des exactions commises par les allemands en 14-18 est encore bien vivant dans les mémoires.

« Dès les premiers jours de la guerre, le gouvernement Pierlot ordonne à tous les citoyens inscrits dans la réserve de recrutement de se soustraire à l’envahisseur et de gagner

d’abord l’ouest du pays puis le Sud de la France et de se regrouper dans les C.R.A.B. (Centre de Recrutement de l’Armée Belge); du coup, 300.000 jeunes de 16 à 19 ans sont jetés sur les routes. Les jeunes de Welkenraedt obtempèrent et connaîtront des sorts divers; certains, surpris par l’avancée foudroyante des allemands, seront interceptés par l’ennemi et renvoyés chez eux (ce fut le cas de mon père, qui n’était pas de Welkenraedt).

Le 18 mai 1940, une ordonnance spéciale du Führer annexe à l’Allemagne les cantons d’Eupen, Malmédy et Saint Vith qui lui avaient été enlevés en 1918 par le « diktat » de Versailles ; Mais ça ne s’arrête pas là : dans la foulée, Hitler annexe aussi 9 communes qui n’avaient jamais été allemandes : Sippenaeken, Gemmenich, Hombourg, Montzen, Alt-Moresnet, Henri-Chapelle, Welkenraedt,  Baelen, Membach plus des parties de communes voisines .

Les habitants deviennent des  « allemands sous réserve » (Deutsche auf Wiederruf); « cela signifie qu’ils acquièrent un statut probatoire selon lequel leur nationalité allemande pourrait leur être retirée dans un délai de 10 ans s’ils ne s’en montrent pas dignes ».

Les jeunes hommes de ces communes seront donc par la suite mobilisables dans l’armée allemande (nous aurons donc nous aussi nos « malgré nous »); ce qui donnera lieu à la création de filières d’évasion pour les nombreux « réfractaires »; (c’est ainsi que mes parents ont caché pendant 6 semaines dans leur grenier un réfractaire de Montzen !). Une dizaine de ces réfractaires se retrouveront par la suite dans la brigade Piron.

Les bourgmestres, le personnel communal et les enseignants refusent de prêter serment au Führer ; ils sont démis de leurs fonctions et remplacés par des allemands; les conseils communaux sont mis en sommeil; l’enseignement se déroule désormais en allemand et la nouvelle frontière prive les étudiants de ces communes de l’accès aux écoles supérieures de la région verviétoise. L’école primaire paroissiale saint Joseph de Welkenraedt est fermée, l’enseignement confessionnel étant incompatible avec l’idéologie nazie.

Les gendarmes et douaniers belges sont invités à quitter le territoire allemand et les membres des services publics (dont les cheminots) tentent de se recaser en Belgique; « cette situation entraîne l’exode d’un tiers de la population bientôt remplacée par des allemands appartenant principalement aux nouvelles administrations qui s’implantent ».

« Le 29 mai 40, 39 douaniers allemands arrivent à Henri-Chapelle où un bureau de douane est installé…… En juin 1940, le siège de l’administration communale est transféré à Herbesthal. »

Un passeport est requis pour se rendre à Verviers ou à Aubel.

« Un bourgmestre fonctionnaire du nom de Bernard Dohmen, originaire de Jülich, administre la nouvelle commune de Welkenraedt. Il commencera son mandat en refusant les passeports à tous les étudiants désireux de poursuivre des études secondaires à Verviers ». Il essaie de réactiver la vie culturelle locale (en fait surtout deux sociétés de musique) mais les sociétés concernées refusent de jouer l’hymne national  allemand et se mettent en sommeil.

A l ‘inverse de ce qui s’est passé en 14-18, les habitants se sentent privés de la protection de leur administration communale.
Les lois allemandes seront sans transition appliquées dans la commune et les habitants seront mal reçus par les services officiels à cause du fait qu’ils refusent de prononcer le salut  « Heil Hitler ».

Les vexations se succèdent : les allemands entreprennent de changer les noms des rues; et c’est ainsi (suprême ironie !) que la place où se trouve le monument aux morts de la « Grande Guerre » devient la « Adolf Hitler Platz » !

Les communications avec l’Evêché de Liège sont interdites  et la paroisse est rattachée à celui d’Aix-la-Chapelle; le français est proscrit des leçons de catéchisme et, bien sûr, il est interdit de jouer la Brabançonne aux obsèques des soldats morts.

Les exemples pullulent … mais j’en reste là sur ce sujet.

Les Welkenraedois apprendront à faire la différence entre les militaires allemands « ordinaires » et les fanatiques du régime nazi (notamment à propos des écoutes clandestines de la BBC).

La commune sera libérée par l’armée américaine et la réorganisation de la commune sera une tâche colossale…..mais je m’arrête là; il y aurait trop à dire .


Claude


Cet article est entièrement tiré du livre de Hubert Keldenich intitulé :  « Welkenraedt dans la Tourmente » imprimé  par l’Imprimerie
Genz-Echo à Eupen et tiré à 900 exemplaires.

Histoire de Welkenraedt